CONTEXTE
- Le problème
Lors d’un discours jeudi, le dalaï-lama a annoncé qu’il allait déposer la semaine prochaine lors de la session du Parlement tibétain un amendement par lequel il renonce à tout rôle politique, sans toutefois vouloir « échapper à ses responsabilités ».
- L’enjeu
- A suivre
ENTRETIEN
Le dalaï-lama, chef spirituel des Tibétains en exil, a annoncé qu’il renonçait à son rôle politique pour laisser la place à un nouveau dirigeant « librement élu ». Décodage avec Vincent Metten, proche du dalaï-lama et directeur européen de l’ONG International Campaign for Tibet qui vise à défendre les droits de l’homme et les libertés pour le peuple du Tibet et fait campagne pour l’auto-détermination du peuple tibétain.
Ce retrait du dalaï-lama aura-t-il des conséquences importantes ?
C’est en tout cas une décision forte sinon historique, qui est le fruit d’une longue réflexion : le dalaï-lama avait déjà annoncé qu’il prenait une semi-retraite, le processus a donc été graduel. Il ne laisse pas tomber le peuple tibétain, il va continuer à être le premier ambassadeur de la cause tibétaine mais il préfère désormais séparer complètement son pouvoir religieux du pouvoir politique, confié à des autorités élues démocratiquement par le peuple tibétain.
Comment fonctionnent ces élections ?
Il y a 150.000 Tibétains en exil qui peuvent y participer, avec des conditions d’âge et s’ils ont des papiers en règle. Des élections parlementaires existent depuis les années 60 : nous en serons à la 16e édition et, depuis 2001, la diaspora élit également un Premier ministre. Le prochain scrutin aura lieu ce 20 mars : la déclaration du dalaï-lama est donc particulièrement d’actualité. Il y aura plusieurs bureaux de vote en Belgique.
Ce retrait est-il aussi une réponse aux critiques qui accusaient le dalaï-lama d’incarner un pouvoir non démocratique ?
Depuis qu’il a été contraint à l’exil il y a 50 ans, le dalaï-lama a voyagé et étudié le système politique de nombreux pays étrangers. Très vite, il a lancé une réflexion sur le système de concentration du pouvoir traditionnel chez les Tibétains, qui avait déjà été amorcée par son prédécesseur. Il a aussi limité les privilèges de certaines catégories de moines très puissants. En se dépouillant du pouvoir politique, il répond en effet à ceux, à Pékin ou ailleurs, qui critiquaient ce mélange de pouvoir temporel et spirituel.
Et pourtant Pékin a réagi en estimant que ce retrait n’est qu’une « ruse »…
C’est dans le droit fil de la logique des dirigeants chinois qui est de décrédibiliser le dalaï-lama. Il est dans l’intérêt de Pékin de perpétuer la vision d’un pouvoir absolu du dalaï-lama : c’est ainsi qu’ils justifient l’invasion du Tibet, pour libérer les Tibétains d’une domination de classe. Ils sont donc mal à l’aise avec cette nouvelle orientation vers un pouvoir laïque et démocratique. D’autant plus que le dalaï-lama, qui a 75 ans, veut aussi de cette façon régler en partie la question de sa succession, en tout cas politique.
Le prochain dalaï-lama n’est pas encore connu…
Non, mais Pékin a déclaré que le prochain dalaï-lama naîtra en Chine et sera choisi par la Chine, ce à quoi ce dalaï-lama-ci a répondu que, « si la situation du Tibet reste la même », il renaîtrait « hors du Tibet, loin du contrôle chinois ». Il risque donc d’y avoir un jour deux nouveaux dalaï-lamas, un sous le contrôle de Pékin et un autre reconnu par les Tibétains en exil. Car le dialogue entre les deux parties est au point mort depuis janvier 2010…
Véronique Kiesel