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jeudi 9 février 2012

Quatre questions pour mieux comprendre BHV



1.     Pourquoi BHV est-elle une entité hybride unique et atypique dans le découpage politique de notre pays?                                                                                                           

Car c’est le seul arrondissement judiciaire et la seule circonscription électorale à être à cheval sur deux Régions linguistiques (bruxelloise bilingue et unilingue flamande).
Depuis 2002, BHV est la seule circonscription électorale à ne pas être calquée sur les limites provinciales avec celle de Louvain. BHV constitue une exception de plus ; tous les autres arrondissements du pays ayant été regroupés au sein de leur province.

2.     Quels avantages l’arrondissement BHV offre-t-il à la population francophone de la périphérie bruxelloise                                                                                                

BHV garantit l’accès à un appareil judiciaire bilingue aux habitants de la périphérie bruxelloise vivant en Flandre et aussi la possibilité de voter pour des candidats francophones bruxellois lors des élections législatives et européennes

3.     BHV apparaît de plus en plus aujourd’hui comme une entité atypique, une exception dans le découpage politique de notre pays et un arrondissement « illégitime ». Citez et expliquez brièvement les étapes, de la création de BHV à nos jours, qui ont engendré cette situation.                                                                                                                               

BHV existe depuis la création de l'Etat belge en 1831. La province de Brabant est depuis les origines de la Belgique divisée en trois arrondissements : BHV, Louvain et Nivelles.

En 1921, l'unilinguisme en Flandre et en Wallonie et le bilinguisme à Bruxelles est décrété. Une frontière linguistique est donc créée mais celle-ci est "souple". Tous les dix ans, un recensement linguistique offrira ainsi aux communes situées le long de la frontière de changer de bord.

Le premier recensement linguistique est organisé en 1947. Ce sera aussi le dernier. C’est que les résultats (qui ne seront rendus publics qu’en 1954) gênent la Flandre. En vertu de ce recensement, trois communes flamandes (Berchem, Evere, Ganshoren) passent à Bruxelles et quatre communes flamandes situées en bordure de Bruxelles (Crainhem, Drogenbos,  Linkebeek, Wemmel) obtiennent les facilités.
Pour les Flamands, ce risque de « tache d’huile » (de « francisation » de la Flandre) est  insupportable.

A l’été 1961, le législateur efface donc le système du recensement. Et en 1962, le ministre de l’Intérieur Arthur Gilson dessine une nouvelle frontière linguistique. Le  recensement linguistique ayant vécu, la frontière en question est désormais figée.
Les travaux de Gilson sont pour la Flandre l’occasion d’exiger la scission de BHV – elle fait valoir que cet arrondissement, à la différence de tous les autres, est traversé par la frontière linguistique. Le contentieux BHV démarre donc avec la fixation de la frontière linguistique.

En 1978, le Pacte d'Egmont qui prévoyait notamment une scission de BHV moyennant des compensations pour les francophones meurt dans l'œuf. Les nationalistes flamands jugeaient que les compensations francophones étaient trop importantes.

En 1992, Jean-Luc Dehaene engage alors la quatrième réforme de l’Etat. A cette occasion, il découpe la province de Brabant en deux (il y aura désormais un Brabant flamand et un Brabant wallon – l’enclave bruxelloise échappant désormais à l’institution provinciale). Cette réforme rouvre le dossier BHV car elle souligne, elle rappelle la singularité de cet arrondissement installé à cheval sur deux entités.

En 2002, la majorité arc-en-ciel de Guy Verhofstadt retouche les arrondissements électoraux pour les scrutins législatifs. Il leur donne, à tous, la taille d’une province, à l’exception des arrondissements de Louvain et BHV. La Cour d’arbitrage est saisie par les nationalistes flamands. Celle-ci juge que la paix communautaire ne justifie pas que les électeurs soient soumis à des régimes divers. Elle ne conteste pas l’idée qu’un arrondissement puisse s’étaler sur deux régions ; formellement, elle se borne à noter que BHV est une singularité par rapport aux arrondissements de taille provinciale. Cet arrêt, en tout état de cause, enflamme le Nord qui le lit abusivement comme un appel à la scission.

Pendant la campagne électorale de 2007, les partis flamands font de la scission de BHV une priorité. A l’été qui suit, chargé de former un gouvernement, Yves Leterme tente d’apporter une « solution négociée » – comprenez : on scinde BHV moyennant des compensations aux francophones.
Mais il s’enlise et ne peut empêcher une série de députés de déposer à la Chambre des propositions de loi scindant BHV sans concessions.

En novembre 2007, ces élus passent en force et votent la scission en commission de la Chambre.
Ce vote est aussitôt neutralisé par les autres parlements, invoquant un conflit d’intérêts (sonnette d'alarme).



4.   Expliquez pour quelles raisons la volonté de scission de BHV pour les partis politiques flamands est avant tout symbolique et pas politique ?                                                     

Premièrement, la scission de BHV nuirait électoralement aux néerlandophones qui pourraient perdent un siège ou deux dans l’opération, les Flamands de Bruxelles se retrouvant marginalisés.
Deuxièmement, si l’arrondissement se scindait, il se pourrait, en cas de compromis, que les francophones conservent néanmoins leurs droits, en tout ou en partie.
Enfin, c’est avant tout une scission symbolique car selon le principe de « territorialité », les politiques Flamands considèrent que, leur région étant reconnue unilingue par la Constitution, toute personne désirant s’y installer doit s’y intégrer et parler la langue. Ils souhaitent donc faire disparaître toute trace du français en Flandre, y compris les facilités linguistiques accordées à certains francophones de la périphérie bruxelloise.

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